CHEMIN DE CROIX
O Jésus dénoncé,
Toi qui eus la tête entourée d'épines,
Aie pitié de ma tête !
Tes prêtres indignes l'ont toujours lapidée
Avec les dalles de l'église.
Les bourdons de l'impiété
Ont mangé ma cervelle
Jaillissant de mes plaies.
Vois, sur mes cheveux, le frimas s'est posé,
Moi, j'ai trop été torturé.
O Jésus accablé de maux,
Toi dont les yeux ont pleuré,
Aie pitié de mes yeux !
Ils ont versé plus de larmes
Qu'ils n'ont bu de lumière. Sur des cercueils,
Ils ont toujours veillé la mort avec des cierges jusqu'à leur extinction.
Mes prunelles sont tombées dans le puits de la douleur,
Vois sur mes paupières de la cendre a été semée.
Moi j'ai trop été sans sommeil.
O Jésus giflé,
Toi qui eus les mains ligotées…
Aie pitié de mes mains.
On a appliqué sur mes paumes des fers brûlants,
Et de mes doigts, comme de pis,
On a trait mon sang. Mes poignets
Ont craqué d'avoir porté du fer et creusé la terre.
Vois, mes ongles ont déchiré mon cœur.
Moi, j'ai trop été tourmenté.
O Jésus sur qui on a craché,
Toi qui eus les côtes flagellées,
Aie pitié de mes côtes !
Elles ont couché sur des immondices
Et ont reconnu la victoire de la peine sur le sommeil.
Elles ont toujours nourri la mort aveugle qu'elles ont enlacée,
Lui donnant leur faim comme aliment.
Vois, un chien de rue m'a déchiqueté la côte.
J'ai trop été persécuté.
O Jésus condamné à mort,
Toi qui eus les pieds cloués,
Aie pitié de mes pieds !
Les aspergeant de sang, ils ont toujours erré
Dans les orties des ruines.
Nulle main affectueuse ne les a lavés,
Dans aucune bassine hospitalière.
De mes chaussures se répandent des cendres ;
Moi j'ai beaucoup trop cheminé.
O Jésus crucifié
Toi qui eus le cœur percé d'une lance,
Aie pitié de mon cœur ému.
Un jour le monde a palpité en lui,
Au lieu de l'espérance y vit le néant aujourd'hui.
Mon cœur est une urne contenant mes cendres
Que les vents emporteront après ma mort.
Vois, vois, sur mon cœur est planté un poignard !
Moi j'ai beaucoup, beaucoup aimé !
Daniel VAROUJAN
Traduction par Louise Kiffer(Sarian)
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